Violences - appropriation & Polices: organisation | 11 Janvier 2017

Audition de la victime d'un viol : comment cerner l’approche de l’agresseur

© Secunews.be

Un premier article a mis l’accent sur la complexité de l’enquête en matière de viol, sur la nécessité de réunir un maximum de renseignements dans le but d’identifier l’auteur, sur base non seulement de son signalement physique, mais aussi d’un profil de sa personnalité. Nous avons également élaboré quelques principes de base, déontologiques et techniques, sous-tendant l’audition de la victime.



L’audition proprement dite comprend deux parties :


dans un premier temps, il faut favoriser le récit libre, encourager la victime à donner un maximum d’informations sur le déroulement des faits et sur l’auteur, lui laisser le temps de la réflexion, de la recherche de ses souvenirs, ne pas l’interrompre.

Exemple pour entamer le dialogue : dites-moi ce qui s’est passé, quand, comment, où... essayez de vous souvenir d’un maximum de choses... prenez votre temps.


vient ensuite, la seconde phase destinée préciser certains points du récit. L’enquêteur pose alors des questions ouvertes, c’est-à-dire auxquelles la victime peut répondre par des phrases complètes.

Exemple : vous avez déclaré que votre agresseur vous avait menacée, pouvez-vous préciser ? ou encore : vous dites que l’auteur était armé, pourriez-vous décrire l’arme ? ou encore : vous déclarez qu’il vous a dit de vous déshabiller ; quelles étaient ses paroles exactes, a-t-il dit autre chose ?

Pour aller plus loin dans la précision, il convient peut-être de poser des questions fermées.
Exemple : vous dites que l’auteur était grand, pouvez-vous préciser sa taille ? Autre exemple de question fermée : avez-vous consulté un médecin ? Dans ce genre de question, il n’y a qu’une réponse possible.


Quant au comportement de l’auteur, on distingue trois aspects :

• physique : usage éventuel de la force,
• verbal : les paroles prononcées, les menaces, les commentaires,
• sexuel : les gestes posés, un rapport complet ou non.



Méthodes d’approche utilisées par l’agresseur :



«conviviale» : il approche ouvertement en utilisant un subterfuge : il se présente de manière amicale, demande un renseignement ou propose d’aider sa future victime, son but est de créer un rapport social, de gagner sa confiance. Lorsqu’il pense contrôler la situation, son attitude change subitement. Ce type d’approche suggère que l’agresseur a confiance en ses capacités à interagir avec les femmes, mais qu’en même temps, il leur est hostile ou méprisant.


«éclair» : ici, l’approche est directe, physique et brutale ; soit frontale, soit par derrière ; parfois, l’auteur bâillonne, attache sa victime, lui met un bandeau sur les yeux. Il peut user d’un gaz soporifique. L’approche violente suggère que l’on se trouve face à un individu dont les relations avec les femmes sont généralement pauvres, centrées égoïstement sur lui-même, à sens unique pourrions-nous dire.


«surprise» : ici, l’agresseur attend sa victime, tapi derrière un mur, l’encoignure d’une porte cochère ou un arbre dans un parc. Il la surprend littéralement, use de menaces verbales et/ou d’une arme. On a généralement à faire à un individu qui a ciblé une victime potentielle, mais qui n’a pas confiance en ses capacités à user d’un subterfuge (comme dans l’approche «conviviale») ou de sa force physique (comme dans l’approche «éclair»).




Dans le troisième volet de cette série, nous nous attacherons à analyser le comportement de l’auteur, notamment la manière dont il exerce un contrôle sur sa victime.



Réf : Robert R. Hazelwood : The behavior-oriented interview of rape victims in F.B.I. Law Enforcement Bulletin, september 1983.



Jean-Paul Wuyts
Commissaire divisionnaire er
Licencié en criminologie et psychologie



Article précédent : L’audition des victimes de viol et le profilage du violeur (1)



Lire aussi: http://www.ncdsv.org

|

« Retour à la page précédente


 

 

 

Newsletter

Je m'inscris !