Mineurs & Addictions, drogues | 13 Juillet 2017

Les conduites à risque de certains ados, pourquoi et comment réagir ?

© Secunews.be

Le passage de l’adolescence à l’âge adulte constitue une période de fragilité et de curiosité. Durant cette période, l’adolescent est amené à passer de la chaleur familiale et de la sécurité à la responsabilité et à l’autonomie. Dans cette perspective, quel sens peuvent avoir les comportements à risque adoptés par certains jeunes et comment les aider à prévenir ces comportements et à éviter des dommages immesurés? Nous tenterons ici de comprendre pourquoi ils réalisent parfois ces choix, explicitant les différentes formes de conduites à risque et nous suggérerons quelques conseils aux parents/adultes.



Que recherche l’adolescent qui adopte une conduite à risque ?


D’emblée, il faut insister sur le fait qu’une conduite qui met en danger la vie ou la santé de manière prolongée est le signe d’une souffrance. Certains de ces comportements peuvent s’inscrire dans la durée (scarification, toxicomanie, repli sur les jeux vidéo, incivilités, agressions plus marquées chez les garçons...) et d’autres n’être qu’un acte unique (tentatives de suicide, d’ailleurs plus fréquentes chez les filles mais avec moins de morts, fugue, défi,...).

En acceptant des jeux et comportements dangereux, l’adolescent veut se faire entendre, il attend que ses parents réagissent mais surtout il cherche à trouver une reconnaissance et une identité personnelle. De cette façon, il veut donner un sens à sa vie qui lui échappe ou paraît sans issue. Il s’agit donc d’une mise à l’épreuve de soi par le jeune qui se sent mal dans sa peau dans notre société...au risque de la mort dont il sait qu’elle existe mais pas pour lui, pense-t-il : la mort est seulement pour les autres...exprimant ainsi un romantisme lui faisant croire qu’elle est un refuge dont il peut revenir. Il accepte symboliquement cette mort pour posséder enfin le droit de vivre, de trouver un sentiment de puissance personnelle ! «Se mettant en danger, le jeune fait de son existence une décision personnelle».



Les différentes formes de conduite à risque


Dans la plupart des comportements à risque, le jeune veut changer de vie en s’attaquant au corps et signifier qu’il lui appartient (je n’ai pas demandé à vivre, je peux décider de mourir). On retrouve à des degrés divers les différentes formes de conduites à risque suivantes, perçues à la fois comme remède (retrouver un sens, une identité) et poison (risquer la mort ou un handicap irréversible).

Trois figures de conduites à risque :

Le sacrifice : le jeune abandonne une part de soi pour retrouver l’essentiel : attaques sur son propre corps, toxicomanie, anorexie, alcool.

La blancheur : c’est l’effacement de soi, vouloir la disparition des contraintes d’identité. Ne désirant plus être «le fils de», l’étudiant et échapper à son histoire ainsi qu’à son milieu, il va vers l’errance, l’entrée dans une secte, la «défonce» avec recherche de coma plus que de sensations, le refuge des jeux vidéo pour se défaire du fardeau d’être soi.

La dépendance : en y recourant, le jeune cherche une forme de contrôle sur la vie quotidienne face aux difficultés du monde ou de son environnement : l’alcool, les drogues, les scarifications mais ceux-ci ne comblent jamais le jeune. Certains comportements moins douloureux (piercings, tatouages) expriment également une volonté de reprendre le contrôle de leur vie personnelle.



Les réactions des parents et autres adultes


Face à ce mal-être et cette recherche d’identité dans des comportements à risque, il serait souhaitable :


- que les jeunes soient autorisés à parler à leurs parents sans craindre d’être jugés car la parole est essentielle pour sortir de ces comportements de défenses ultimes ;

- de leur parler comme nous, adultes, nous aurions aimé qu’on nous parle lorsqu’on était jeune ;

- éviter de juger «d’en haut» des comportements s’inscrivant dans une culture générationnelle différente et de figer les adolescents dans un diagnostic thérapeutique ;

- rappeler que des personnes, proches ou professionnels, peuvent les aider ;

- développer une «prévention de la boulangère», ce qui signifie que chaque adulte rencontré quotidiennement peut aider les adolescents en leur adressant quelques paroles et un sourire qui témoignent d’une reconnaissance et d’une compréhension.



En conclusion, ces conduites à risque des adolescents représentent d’abord des appels à vivre et à être aidés par les adultes. Ceux-ci doivent trouver la juste distance, ni trop loin ni trop près des jeunes, et surtout vouloir laisser transparaître leur propre goût de vivre et d’être heureux.




Gérard De Coninck
Docteur en criminologie



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