Mineurs & Violences relationnelles | 14 Avril 2017

Quelles techniques physiques pour immobiliser un jeune en crise ?

© S. van Malleghem

L’explosion de colère d’un enfant ou d’un ado surprend et déconcerte l’adulte. Comment réagir ? En fonction de son expérience et des circonstances, l’adulte présent au moment de la crise devra maîtriser le jeune en crise mais sans usage excessif de la force. Connaître de bonnes pratiques telles qu’enseignées dans le milieu scolaire en Alberta (Canada, voir référence) constitue un plus en termes d’efficacité.


Après avoir défini la crise de colère, les différents types de jeunes concernés, leurs comportements et comment il convient d’intervenir, nous présentons ici deux techniques physiques pour immobiliser un jeune lorsque le dialogue seul échoue.



En pratique, comment faire ?


Si l’adulte est seul, il a recours à la prise enveloppante, en se plaçant derrière l’enfant, au même niveau que lui, debout s’il est debout, assis s’il est assis. Il tient l’enfant par les poignets en croisant ses bras devant son corps, en serrant juste ce qu’il faut pour qu’il ne puisse plus bouger.


Si l’adulte peut compter sur un collègue, l’un se place à droite de l’enfant, l’autre à sa gauche, en bloquant de leurs jambes, celles de l’enfant, de manière telle que celui-ci ne puisse donner des ruades. D’une main, chaque intervenant tient un de ses poignets et place l’autre main sur chacune de ses épaules pour le forcer à se courber en avant. Il s’agit de contrôler l’enfant en l’immobilisant tout en lui parlant avec empathie, d’une voix calme et en évitant d’entrer dans une spirale de violence. Ainsi, l’immobilisation physique peut devenir une forme de communication avec l’enfant. Elle peut être apaisante.



Que faire après une immobilisation physique ?


Une tierce personne ayant des connaissances en premiers soins devrait toujours examiner un jeune à la suite d’une immobilisation physique, si possible dans un temps voisin du contact. Il faut en effet s’assurer que l’usage de la force n’a pas été excessif. Si l’incident a eu lieu dans le cadre d’une institution scolaire, sportive ou autre, les responsables de l’institution doivent être informés des faits dans les plus brefs délais. Il en est de même pour les parents ou la personne qui a la garde de l’enfant.

La rédaction d’un rapport peut être utile au cas où le jeune, un parent ou un tiers remettrait en question le bien fondé de l’intervention. Il s’agit aussi d’une précaution pour l’intervenant au cas où il ferait l’objet de poursuites judiciaires.



La post-crise, indispensable pour faire le point


La crise se termine lorsque le jeune se calme et cesse ses comportements colériques. Cela se traduit parfois par des spasmes, un rythme respiratoire plus lent, voire des pleurs. En général, l’enfant accepte ou même recherche un rapprochement, un contact physique. Il est alors possible d’analyser avec lui les difficultés qui ont motivé sa perte de contrôle, les répercussions, et lui faire comprendre qu’il y a d’autres façons de réagir.


L’adulte intervenant doit lui-même pouvoir canaliser son agressivité et être en mesure de faire le point avec le jeune, calmement et objectivement. Il doit éviter d’interpréter la crise de colère comme spécifiquement dirigée contre lui ou comme une atteinte voulue contre l’autorité. Il importe de considérer que le jeune vit un moment difficile, a un problème et donc besoin d’aide.



Quelle suite convient-il de donner à une crise de colère ?


Après une crise de colère, le recours systématique à une punition est à éviter. Il est plutôt recommandé de faire prendre conscience à l’enfant des conséquences qui peuvent résulter d’une crise, notamment des excuses ou une réparation.

Si l’enfant n’accepte pas le dialogue, il faudra lui imposer, dans un délai raisonnable, une juste punition ; l’adulte doit jouer son rôle et veiller à lui faire acquérir un meilleur contrôle de soi.



En guise de conclusion


A travers cette suite d’articles, nous avons exposé des moyens éprouvés pour faire face à une crise de colère d’un enfant. Leur efficacité dépend d’une compréhension approfondie des trois phases de ce genre de crise et bien entendu du degré d’empathie et l’ouverture d’esprit dont l’adulte fait preuve à l’égard des sentiments de l’enfant. Enfin, puisque la crise de colère cache un désarroi psychologique, il importe que l’adulte réagisse avec beaucoup de sollicitude.




Jean-Paul Wuyts
Commissaire divisionnaire er, Licencié en criminologie et psychologie





Articles précédents :

La crise de colère violente chez le jeune (1)
La crise de colère : quels sont les enfants les plus concernés ? (2)
Comment intervenir avant l’explosion de colère de l’enfant ? (3)
Crise de colère du jeune : l’intervention physique progressive (4)



Lire aussi: http://www.education.alberta.ca/media/621341/colere.pdf

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