Prévention accident/incendie | 10 Juillet 2017

Comment socialiser mon chien adéquatement ?

© Animalin

Mon chien aime les gens mais pas les chiens, ou inversement. Il communique bien avec les chiens et les humains adultes, mais attaque ou fuit les enfants. Mon chien est sociable avec les familiers, mais il aboie les visiteurs. Mon chien aimait tout le monde quand il était chiot, mais depuis l’adolescence il n’aime plus que ses familiers ...

Comment socialiser mon chien efficacement afin qu’il aime ses familiers, accepte les visiteurs, ne pourchasse pas les chats dans la rue mais défende néanmoins la maison contre les voleurs et me défende contre les agresseurs ?



Socialité obligatoire


Le chien est un être social obligatoire, avec un attachement nécessaire à ses familiers. Le chien ne vit pas bien seul, il a besoin de compagnie. De plus, il est le descendant d’un canidé social collaboratif, c’est-à-dire que les différents membres d’une meute travaillent ensemble pour le bien-être collectif.

Le chien est social s’il est capable de communiquer dans son groupe, de chiens et d’humains. Le chien est sociable lorsqu’il recherche activement la présence des familiers. Le chien est dépendant quand il ne peut plus vivre sans un autre être vivant et qu’il stresse lors de son absence.

Depuis quelques milliers d’années, on a transformé le chien d’un être grégaire, à social, à dépendant. En sélectionnant les chiens les plus attachants, on a changé la génétique du chien pour qu’il devienne dépendant. Du coup, le chien ne supporte plus de rester seul.



Socialisation en plusieurs phases


S’il y a une base génétique à la compétence sociale du chien, il doit aussi apprendre avec qui s’attacher et communiquer. Il peut l’apprendre toute sa vie, mais particulièrement avant l’âge de 3 à 4 mois. En effet le chien vit une période d’apprentissage social facilité avant 3 à 4 mois, et c’est lié au développement des connexions entre les neurones dans le cerveau. Cette période permet d’acquérir des concepts sociaux, à savoir qui est chien, qui est chat, qui humain. Le concept de chien est facile à acquérir : il suffit d’être en contact de jeu régulier avec 7 types morphologiques différents de chien : longiligne, bréviligne, face courte, poil court ou long, etc.


Acquérir le concept d’humain est plus compliqué, parce qu’il faudrait un contact régulier avec près de 50 types morphologiques humains : homme, femme, bébé, noir, blanc, avec chapeau, parapluie, chaise roulante, etc. Et cette acquisition reste partielle, la plupart des chiens reconnaissant l’homme, la femme, les enfants... comme des espèces différentes, peu en rapport au concept d’humanité. Pour la socialisation aux animaux, il en va de même que pour la socialisation aux humains : le processus est imparfait et de plus, il s’oublie s’il n’est pas entretenu par des contacts joyeux réguliers.



Désocialisation à l’adolescence


Même si on a socialisé son chiot avec plein de chiens, d’humains, de chats, et tout être vivant qu’il pourrait rencontrer et que son chiot aime tout et tout le monde, sa socialisation n’est pas définitive. A l’adolescence, la génétique prend le pouvoir et tous les chiens perdent des compétences sociales : un peu, beaucoup, à la folie. Les chiens de lignée de travail de défense (d’attaque, de Mondioring) ont tendance à se désocialiser beaucoup : leur monde social se simplifie : familiers vs non-familiers ; et leurs stratégies de réaction changent : non-familiers : j’attaque ; familiers : je freine et j’évite de mordre.

Mais tous les chiens subissent une désocialisation partielle à l’adolescence à l’égard de certaines catégories de chiens ou d’humains. Ils deviennent xénophobes, aimant leurs familiers, et aimant moins les inconnus. C’est grâce à cette désocialisation que le chien se met à se défendre, lui, son groupe social, ses humains et son (leur) territoire contre les étrangers, les inconnus et tout individu (chien et humain) jugé inacceptable.


Ce processus est inévitable, parce que génétique. Et neutraliser les gènes responsables de cette désocialisation et xénophobie, n’est actuellement possible qu’en administrant des médicaments avant l’adolescence, et au moins dès les premiers signes de peur ou d’agression face aux inconnus. L’enrichissement de socialisation réalisé avant l’âge de 4 mois a peu d’effet de protection contre cette montée de désocialisation qui commence au plus tôt à l’âge de 4 mois et parfois assez tard vers 18 mois. Si on traîne, même de quelques semaines, pour traiter ce problème génétique, on perd des chances de guérison.



Resocialisation tout au long de la vie


Le chien garde des compétences sociales et des capacités de socialisation tout au long de sa vie, mais cela nécessite des rencontres amicales et ludiques avec de nombreux chiens et humains, et chats, etc. Le processus est individuel, le chien se socialisant à un être vivant, s’en faisant un ami ; mais il ne généralise pas à tous les êtres vivants de la même espèce, ni même du même type, ni même du même aspect. Et donc si on veut que son chien, après l’adolescence, redevienne comme le chiot qui aimait tout le monde de façon indiscriminée, on est parti pour une vie entière de resocialisation, jour après jour, sans jamais s’arrêter de retravailler ses compétences sociales.



Mais le chien a perdu des compétences de communication ...


Des études de croisement entre chiens et loups ont montré que le chien avait perdu près de 50% de ses compétences de communication sociale. Le chien est devenu un handicapé social. Il ne parle plus chien comme il le faudrait, il ne comprend plus le langage, postures et mimiques et odeurs, et vocalises, des autres chiens, et il y répond inadéquatement. C’est génétique et ne peut être corrigé qu’avec un travail de resocialisation long et répétitif.



Chien social vivant en groupe organisé


Vivre obligatoirement en groupe a des avantages, parce qu’on est plus compétent à plusieurs que seul dans l’acquisition des ressources, et qu’on partage ces ressources avec les moins favorisés du groupe, mais cela a aussi des inconvénients, parce qu’il faut partager les ressources, parfois en quantité limitée. Il faut organiser l’accès aux ressources, gérer les conflits sociaux, sans blesser son partenaire, et en gardant son estime pour une collaboration future. L’organisation sociale des chiens sera traité dans l’article suivant.



Alors, comment socialiser mon chien adéquatement ?


Si vous voulez un chien social, choisissez-le adulte déjà socialisé. Si vous choisissez un chiot, sélectionnez-le chez des parents sociaux et sociables ; le chiot a hérité de la génétique de ses parents et ils sont un modèle de ce qu’il deviendra après l’adolescence. Socialisez votre chiot ou chien, par des rencontres amicales répétées avec chiens et humains, et autres animaux, en interdisant et redirigeant tout comportement asocial (prédation, agression...). En espérant qu’il ait une bonne génétique sociale, sans xénophobie ni dépendance (hyper-attachement), et en plus, de bonnes capacités cognitives d’intelligence sociale !




La série :

Eviter les risques d’accident lorsqu’un enfant a un chien pour compagnon
Comprendre et gérer le comportement de son chien
Lorsque le comportement de mon chien pose problème
Trouver des alternatives qui peuvent satisfaire mon chien
Comment socialiser mon chien adéquatement ?
Le mythe du mâle dominant est dépassé, éduquer son chien en le respectant




Joël Dehasse
Docteur vétérinaire comportementaliste




Références :
• Dehasse Joël. Mon chien est heureux. Odile Jacob 2009
• Dehasse Joël. Tout sur la psychologie du chien. Odile Jacob 2009
• Dehasse Joël. Changer le comportement de son chien en 7 jours. Odile Jacob 2012.



Lire aussi: http://www.comportementaliste-chien.eu/

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