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Faux et contrefaçon & Statistiques | 8 Février 2010

La difficile question de la contrefaçon chinoise

Sans doute premier pays exportateur en 2010, la Chine trône aussi en tête des pays les plus contrefacteurs : selon l’Union européenne, 80% des produits contrefaits sont d’origine chinoise. Dans cet immense pays, tout peut faire l’objet de contrefaçons : montres, vêtements, maroquinerie, jouets, cigarettes, voitures, GSM et DVD, médicaments, logiciels, etc.
Pour leur part, sous la pression internationale, y compris de l’Union européenne, les autorités chinoises montrent régulièrement aux médias l’arrestation de contrefacteurs et la destruction des produits saisis…

Quelques rappels liminaires :

- la contrefaçon représente un manque à gagner énorme pour les économies occidentales et, par conséquent, est à l’origine de nombreuses pertes d’emploi. En outre, elle constitue souvent un danger pour la santé ou la sécurité des individus

- si la Chine est le premier pays en terme de contrefaçon, elle n’est pas seule : de nombreux pays asiatiques (Vietnam, Thaïlande, Pakistan, etc.), mais aussi africains et, dans une moindre mesure, européens (comme l’Italie) violent allègrement les règles du commerce international

- les produits contrefaits trouvent leurs débouchés grâce aux circuits économiques parallèles dans le reste du monde y compris en Europe, et profitent largement non seulement aux organisations criminelles mais aussi à de nombreux acteurs économiques non mafieux

- la multiplicité et l’étendue des routes empruntées par les contrefacteurs pour écouler leurs marchandises - trafic commercial international (maritime, routier, etc.), filières utilisées par le crime organisé, Internet – rendent de plus en plus complexe le travail des douaniers et des policiers en charge de la lutte contre la contrefaçon.


Comment ce pays est-il devenu le parangon mondial de la contrefaçon, principalement dans les deux dernières décennies du 20ème siècle ?
Plusieurs facteurs permettent de comprendre l’émergence et l’ampleur du phénomène.

- Dans le cadre de son développement économique, à la fin des années 1970, la contrefaçon est rapidement apparue à la Chine comme l’un des leviers accessibles pour procéder à son industrialisation et à sa modernisation.

- Incapable de produire des produits à forte valeur ajoutée et de haute technologie – c’est sans doute moins le cas à l’heure actuelle -, la Chine s’est «spécialisée» dans la production de biens de consommation courante, répondant ainsi aux besoins de l’économie mondiale.

- Le concept même de contrefaçon est fondamentalement – et culturellement – différent en Chine et en Occident : si elle est globalement assimilée à une opération de vol pur et simple dans les pays industrialisés, la contrefaçon est davantage considérée en Chine comme faisant partie d’un «processus d’apprentissage», la copie étant assimilée à une forme de partage. En outre, culturellement, la copie n’est pas connotée négativement et est même hissée - notamment dans les domaines de la peinture et de la calligraphie - au niveau d’un principe fondamental.

- Partiellement grâce à la contrefaçon, la Chine est devenue le principal «atelier du monde», une position rendue quasi incontournable pour le commerce mondial.

Dès la moitié des années 90, la production et l’exportation de produits contrefaits se sont industrialisées et quasiment institutionnalisées. Quels sont les freins à l’éradication de la contrefaçon chinoise ? Quels facteurs peuvent avoir un impact sur le phénomène ? Ces questions font l’objet d’une prochaine nouvelle.


Frédéric Moser

Source: http://www.iccwbo.org

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