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Mafias & Polices: moyens | 4 Mars 2010

Trafic d’œuvres d’art : une activité lucrative aux mains du crime organisé

En mettant en ligne, en août 2009, une base de données internationale forte de 34000 œuvres volées accessible à ses 187 Etats membres - et au public -, Interpol créait un véritable précédent. Désormais, tout utilisateur qui en fait la demande - ministères, musées, salles des ventes, galeries d’art - pourra disposer d’un mot de passe personnalisé lui permettant d’accéder à un site web sécurisé.
L’enregistrement des œuvres d’art constitue en effet un obstacle important au trafic illicite de ces biens du fait que la publicité rend leur écoulement plus complexe.

C’est d’ailleurs le même principe qui a présidé, en 2007, au lancement par une équipe de collectionneurs, du site ArtSafe qui permet aux détenteurs d’objets de valeur de construire leur inventaire, en ligne et en toute confidentialité, puis, en cas de vol, de diffuser instantanément leurs descriptifs dans le monde entier.
L’absence d’inventaires ou de marquage et l’impossibilité, pour les victimes de cambriolages, de fournir des descriptifs précis des objets dérobés, encouragent bien entendu les vols et trafics d’œuvres d’art.

En amont du trafic, il y a le pillage des œuvres, activité lucrative déjà mentionnée dans des textes de l’Antiquité, en Grèce, en Egypte ou dans l’Empire romain, sans parler, plus près de nous, du pillage à grande échelle organisé par les Nazis ! Le phénomène est plus que jamais d’actualité. Lors de la guerre en Irak, par exemple, de très nombreuses pièces du musée archéologique de Bagdad ont été dérobées pour se retrouver dans des collections privées grâce au trafic international. Depuis lors, une partie de ce trésor a pu être récupérée. En Afghanistan, on estime que pas moins de 70% des collections ont été littéralement pillées durant les dernières années de guerre…

Des cibles faciles pour les organisations criminelles

Les vols eux-mêmes, qui peuvent s’accompagner de violences (prise d’otage, cambriolages, menaces, extorsion, etc.), sont commis par des professionnels agissant soit en solo, soit au sein de bandes organisées. Il est certain aussi que le crime organisé a très clairement pris la mesure des gains que permet d’engranger le trafic d’œuvres d’art qui arrive dans le quatuor de tête des sources illicites de revenus, après le trafic de stupéfiants et d’armes.

A l’heure où la traçabilité des billets de banque s’est considérablement accrue, les œuvres d’art constituent donc une nouvelle forme de monnaie facilement transportable pour les organisations criminelles. Pour les professionnels du crime, les musées, églises et autres monuments patrimoniaux sont également des cibles faciles car les moyens alloués à la sécurité y sont relativement faibles.

Les organisations criminelles transnationales ont aussi compris que le trafic des biens culturels pouvait servir à blanchir d’autres types d’activités illégales comme le trafic d’êtres humains et de stupéfiants ou même de monnaie d’échange contre d’autres «produits» comme la drogue ou des armes par exemple. Evolution récente : la demande de rançon, qui est adressée soit aux propriétaires (privés, musées, galeries, etc.), soit aux compagnies d’assurance.


Frédéric Moser

Source: http://www.uehha.org

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