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Violences - appropriation | 8 Mars 2010

Football et supporters violents : Ultras vs Hooligans

Grâce à la création puis l’application de la loi football, à l’affinement du déploiement policier, au développement du stewarding, à l’introduction de la vidéosurveillance, aux mesures de ségrégation des supporters ou à la mise en œuvre de mesures à visée sociale, les incidents violents liés au football ont sensiblement décru depuis les années 2000. Le vieillissement des groupes de supporters à risque, stabilisés professionnellement et familialement, et la relative faiblesse de la relève, souvent préventivement découragée par les mesures mises en place, expliquent aussi cette évolution, même si tout laisse penser qu’un relâchement ou un climat propice seraient de nature à rallumer le brasier.

Les formes de l’insécurité, et par conséquent les préoccupations des gestionnaires de la sécurité, ont par ailleurs évolué. Avec la canalisation des violences physiques, l’attention s’est en effet reportée sur d’autres formes visibles d’incidents liés au football, au premier rang desquelles les violences verbales et provocations diverses. La problématique du racisme mais plus généralement des insultes communautaires ou culturelles fait dès lors surface et reçoit un traitement spécifique à partir des années 2000. Cette question fera l’objet d’un prochain article.

Les ultras se veulent l’élite des supporters, jusqu’à la violence ?

Dans le même temps, l’affaiblissement du mouvement hooligan est compensé par le développement du supportérisme ultra. Ce dernier attire un public plus jeune, est issu du modèle italien et s’ancre donc davantage dans les clubs de culture latine (en l’occurrence en Wallonie) ; il est surtout porteur de significations très différentes.

De façon générale, l’objectif des ultras est prioritairement tourné vers l’animation du stade avant et pendant la rencontre. Contrairement aux hooligans, les ultras cherchent à s’investir dans la vie du club. Ils sont structurés en interne, se comportent en fanatiques et aspirent à être l’élite des supporters. Leur passion se traduit par la création de chorégraphies, de chants et de rituels collectifs d’engagement.
Combattus pour leur recours aux feux de Bengale, qui présentent des risques réels de brûlure et d’intoxication, les ultras ne conçoivent généralement la violence que comme un moyen ultime d’affirmer que leur soutien ne connaît pas de limites. Le spectateur est ici partisan et l’encouragement passe par la disqualification de l’adversaire à travers des formes codifiées et ritualisées.

Le mouvement ultra se caractérise également par une forte ambivalence faite de liesse débridée et de discipline totale à l’intérieur du groupe. Il navigue entre rébellion et dialogue, tangue entre institutionnalisation et radicalisation. Les ultras refusent la morale du fair-play car le football est vécu comme un combat. La violence est donc dans ce cadre ponctuellement acceptée – en cas de provocations ou d’humiliation – mais pas recherchée pour elle-même. Son emploi présente en outre un risque de décrédibilisation du mouvement.

Avec l’essor des mouvances ultra, un supportérisme problématique à deux vitesses s’est dessiné. D’une part, des individus plutôt vieillissants, plus ou moins rangés par la force des choses, cultivant une forme de discrétion et d’informalité. De l’autre, des romantiques immatures, plus imprévisibles, bercés d’images de stades méditerranées incandescents. Dans le petit monde du football et des acteurs de sa sécurité, les premiers sont souvent craints ou respectés ; les seconds sont admirés ou méprisés. A travers ses manifestations, on dira davantage que le supportérisme ultra pose des problèmes de sécurité que de violences au sens strict. Sur un plan opérationnel, son appréhension n’en est toutefois pour autant pas facilitée.


Bertrand Fincoeur

Source: http://www.uff.br/esportesociedade/pdf/es70h.pdf

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