La traite des êtres humains au sein de l’Union européenne

Au sein de l’U.E., la traite des êtres humains (T.E.H.) constitue un phénomène majeur. Il ne faut toutefois pas se tromper. Elle ne se limite pas seulement à la question de l’exploitation sexuelle mais elle se décline sous plusieurs formes.


Le nombre et l’origine des victimes

Un peu plus de quatorze mille victimes sont enregistrées par les Etats membres (voir rapport de 2020 en source), ce qui constitue certainement une lourde sous-estimation de leur nombre réel. Plus d’un tiers de ces victimes sont exploitées au sein de l’Etat où elles résident et environ la moitié d’entre elles sont des citoyens de l’U.E.  

A propos de la nationalité des victimes, prenant en compte les chiffres absolus, les cinq premiers pays concernés sont les suivants.

  • Pour l’U.E. : la Roumanie, la Hongrie, la France, les Pays-Bas et la Bulgarie ;
  • Pour les Etats hors de l’U.E. : le Nigeria, la Chine, l’Ukraine, le Maroc et l’Inde. 

Les différentes formes de T.E.H 

Traite à des fins d’exploitation sexuelle

L’exploitation sexuelle constitue la forme de T.E.H la plus répandue dans l’Union car elle concerne environ 60% des victimes dont plus de la moitié sont des ressortissants de l’Union.

On considère que cette traite est sexospécifique car plus de 90% des victimes sont de sexe féminin. En outre, celles-ci représentent aussi la majorité des victimes de la traite des êtres humains, toutes formes d’exploitation confondues.

Les environnements suivants sont considérés à « haut risque » : la prostitution, les agences et services dits « d’escorts », les services de massage, les bars et les boîtes de nuit. A noter qu’Internet et de nouveaux moyens technologiques sont de plus en plus utilisés pour recruter et vendre les victimes, principalement des femmes et des jeunes filles, mais aussi pour piéger des enfants.


Traite à des fins d’exploitation par le travail

Nous assistons aussi à une intensification de la T.E.H. à des fins d’exploitation par le travail qui concerne environ 15% des victimes au total.

Les lieux de prédilection pour cette traite sont le secteur agricole (y compris pour le travail saisonnier) ; les agences d’emploi privées ; l’industrie de la construction ; l’hôtellerie ; les secteurs du nettoyage, du travail domestique et des services de soins, des maisons de soins, des magasins de nuit, des bars, des stations de lavage de voitures, des entreprises de collecte et de recyclage des déchets ; le secteur forestier ; le secteur du textile et de l’habillement ; les secteurs de la fabrication, de la transformation et de l’emballage alimentaires.

Les victimes sont plutôt des hommes (68%) même si les femmes sont sur-représentées dans certains secteurs (ex : nettoyage).

Autres formes d’exploitation

Les autres formes de T.E.H. concernent environ 20% des victimes dont principalement :

  • la vente de nouveau-nés, le prélèvement d’organes, la traite à des fins d’adoption illégale, la traite de citoyens de l’Union exploités financièrement au moyen de fraudes, et la traite sous forme de gestation pour autrui.
  • la traite à des fins de mendicité forcée et de criminalité forcée visant à commettre des infractions mineures (ex : vol à la tire) ou de participer à des crimes plus complexes (ex : fraude ou vol qualifié). Les victimes sont souvent des personnes fragilisées à cause de leur addiction, d’une incapacité physique, etc. Ces deux formes de traite supposent de nombreux déplacements entre pays et elles concernent une population généralement plus jeune.

Les rapports des Etats membres de l’U.E. montrent aussi l’importance de la traite à des fins de mariage forcé et de mariage de complaisance dont les victimes font parfois aussi l’objet d’autres formes de traite, notamment d’exploitation sexuelle et/ou d’exploitation par le travail. Les femmes sont particulièrement vulnérables face à ces types de traite et il apparaît que de nombreuses victimes proviennent des communautés roms marginalisées.

Par ailleurs, un lien a été établi avec la migration compte-tenu de la vulnérabilité des femmes et des filles migrantes face à ces types de traite.

 

La Traite des enfants

Enfin, dans l’Union européenne, les enfants représentent près d’un quart de l’ensemble des victimes de la T.E.H et ils sont à 75% des citoyens de l’U.E. On notera qu’il s’agit principalement de jeunes filles (78%).

Il s’avère que plus de 60% des enfants victimes de la T.E.H. le sont en vue d’exploitation sexuelle. Ils sont également utilisés à des fins de criminalité forcée notamment pour des infractions telles que le vol à la tire ou le vol à l’étalage, mais aussi pour des trafics de drogue.

Les risques d’exploitation sont encore plus élevés pour les enfants migrants, et en particulier ceux qui ne sont pas accompagnés. Il arrive aussi que les trafiquants se servent des centres d’accueil pour repérer les victimes.

 

Claude BOTTAMEDI
Chef de corps d’une zone de police er


Source :
Commission Européenne, Troisième rapport sur les progrès réalisés dans la lutte contre la traite des êtres humains (2020) établi conformément à l’article 20 de la directive 2011/36/UE concernant la prévention de la traite des êtres humains et la lutte contre ce phénomène ainsi que la protection des victimes, le 20.10.2020, dans le Rapport MYRIA sur :
https://www.myria.be/files/2021_MYRIA_Rapport_traite_et_trafic_Introduction_Evolutions.pdf