Crime organisé et violence

Bien que des statistiques fiables fassent défaut, Europol estime néanmoins que les actes de violence attribués au crime organisé sont en augmentation. La Belgique, l’Italie, l’Espagne et le Danemark seraient particulièrement concernés.

 

Un problème sous-évalué

Si les actes de violence assurément liés au crime organisé sont très nombreux, il apparaît difficile de quantifier le phénomène car il n’est pas toujours évident de relier les faits à des activités criminelles ou des groupes criminels. En outre, les auteurs agissent sur un plan international. Par exemple, un assassinat peut avoir été commandité par un clan palermitain et viser un fugitif caché à Bruxelles.
Ce qui complique encore le problème, c’est qu’un groupe criminel peut faire appel à un auteur extérieur agissant sur contrat, ce que montre d’ailleurs l’implication de criminels plus jeunes et inexpérimentés. Ceci est facilité par un accès plus aisé aux moyens d’action (armes, explosifs…).


Un contexte particulier

Il apparaît que les faits de violence attribués à la criminalité organisée au sein de l’Union européenne sont souvent liés à des points de transit, à des hubs, et qu’ils se passent principalement dans les villes avoisinantes. Clairement, des grands ports comme celui d’Anvers sont concernés. Ils intéressent les criminels car les marchandises illicites sont moins susceptibles d’être découvertes vu l’importance des volumes importés. Dockers, fonctionnaires, etc., sont notamment visés lorsque des offres de corruption ne suffisent pas.
A titre d’illustration, aux Pays-Bas, des conteneurs d’expédition transformés en lieux de torture ont été découverts.


Deux modalités de violence

La violence peut être intrinsèque aux activités criminelles organisées. Elle fait alors partie du mode opératoire comme dans les affaires de vols à l’aide de violence ou de kidnapping. Elle peut aussi intervenir à titre accessoire, sans pour autant en diminuer l’ampleur, lorsqu’elle vient en appui d’autres activités criminelles, comme des trafics de marchandises.

Au-delà de cette distinction, elle peut être le signe d’une concurrence croissante entre gangs, particulièrement sur le marché de la cocaïne et du cannabis, de changements dans leurs rapports de force ou, encore, elle peut constituer une réaction à une accentuation de la répression.
Voyons ce qui motivent principalement ces actes.


Dans quel but recourir à la violence ?

Les groupes criminels ont une tendance à la discrétion lorsqu’ils recourent à la violence afin de préserver la bonne marche de leurs affaires. Ils n’hésitent toutefois pas à passer à l’acte pour atteindre différentes finalités, parfois même de manière ostensible. Ils cherchent notamment à :

  • Renforcer la réputation du groupe ou d’un membre dans le milieu criminel, maintenir sa position (ex : protéger leur territoire, recouvrer des dettes) voire étendre sa part de marché (ex : dominer d’autres groupes criminels en matière de trafic de cannabis) ;

  • Préserver l’ordre, la discipline et l’autorité dans leur groupe et gérer les éventuels conflits (punir les membres déloyaux ou négligents) ;

  • Affaiblir la confiance du public dans les institutions (justice, police…) ;

  • Protéger le groupe en s’en prenant à celles et ceux qui veulent entraver ses activités. Par exemple, les services de police, les douaniers, les services fiscaux, les procureurs, les avocats, les témoins et informateurs ;

  • Intimider celles et ceux qui ne veulent pas collaborer aux activités criminelles, parfois de manière passive en fermant les yeux (ex : des dockers) ;

  • Accomplir une vengeance en visant directement des opposants ou leur entourage direct. En cela, ils agissent comme la mafia sicilienne qui abattait des membres de la famille de repentis, y compris des enfants, par représailles ou pour les intimider, ce que l’on a appelé la « vengeance transversale ». Il s’agit de montrer que personne n’est à l’abri.

Quoiqu’il en soit, de nombreux secteurs de la société, privés et publics, sont de plus en plus touchés par ces formes de violence qui ont des effets directs sur les victimes et indirects sur la vie socio-économique. On ne peut que suivre Europol quand cet office recommande un engagement proactif dans la lutte contre le crime organisé, en adoptant une démarche globale incluant également des dispositifs de détection et de dissuasion, notamment en visant les circuits financiers.


Claude BOTTAMEDI
Chef de corps d’une zone de police er

Source :
Europol (2021), Le recours à la violence par les groupes criminels organisés, série de rapports Spotlight Europol, Office des publications de l’Union européenne, Luxembourg
https://www.europol.europa.eu/publications-events/publications/europol-spotlight-use-of-violence-organised-crime-groups