Violences conjugales ou conflits conjugaux ? Les mécanismes en jeu …

En cas de violences conjugales, l’auteur utilise différentes stratégies de contrôle et de domination. Comment la victime réagit-elle pour se protéger ? Comment faire la différence entre un conflit conjugal et des violences conjugales ?


Distinguer les conflits conjugaux des violences conjugales n’est pas une tâche facile : ces deux problématiques peuvent mener à des comportements violents. Cependant les mécanismes et enjeux qui les sous-tendent ne sont pas les mêmes.


Sur le terrain, quatre critères peuvent différencier les conflits conjugaux des violences conjugales 

  • Le pouvoir
    Dans les violences conjugales, l’auteur cherche à avoir du pouvoir sur la victime (la personne elle-même). Alors que dans les conflits conjugaux, chacun des protagonistes cherche à avoir du pouvoir sur la situation, sur le sujet de discorde.

  • L’intention
    Dans les violences conjugales, l’auteur veut contrôler et dominer la victime, car elle est considérée comme un objet qui lui appartient. Alors que dans les conflits conjugaux, chacun des protagonistes désire convaincre l’autre sur un sujet déterminé (qui est au cœur du conflit).
  • La persistance 
    Les violences conjugales résultent d’un processus dynamique, qui s’installe dans le temps entre un auteur et une victime. Elles ne sont pas le produit d’un seul geste, d’une seule situation comme cela peut être le cas lors de conflits conjugaux. Il est vrai que les conflits conjugaux peuvent survenir à plusieurs reprises, mais en réalité, ils surgissent dès lors que le sujet de dispute refait surface.
  • L’impact
    Les victimes qui subissent des violences conjugales ressentent perpétuellement de la peur, de la honte, de l’humiliation et ne peuvent s’exprimer librement (par peur de représailles). Elles vont la plupart du temps se refermer sur elles-mêmes et se soumettre. Alors que dans les conflits conjugaux, les deux protagonistes sont libres de réagir comme ils l’entendent.

 
Stratégies de contrôle et domination de l’auteur de violences conjugales 

Il est important d’avoir en tête, pour comprendre les dynamiques en jeu et évaluer la dangerosité d’une situation, que les actions posées par un auteur ne sont pas forcément violentes !
En effet, afin d’asseoir sa domination et de contrôler sa victime, l’auteur utilise une ou plusieurs stratégies, qui peuvent être manifestement violentes ou non. Il peut notamment user :

  • Des stratégies de tension. Par exemple, l’auteur crée un climat de tension, est menaçant, a des comportements inhabituels afin que la victime concentre son attention sur lui.
  • Des stratégies d’agression: l’auteur passe à l’acte et commet des violences psychologiques, physiques, sexuelles…

  • Des stratégies de contrôle, que ce soit au niveau social (l’auteur contrôle les liens amicaux, familiaux et professionnels de la victime) ou au niveau économique (l’auteur contrôle les ressources financières de la victime).
  • Des stratégies de diversion, de réconciliation. Par exemple, l’auteur nie, minimise les actes qu’il pose. Entre autres, il manipule la victime en lui demandant pardon lorsqu’il sait s’être mal comporté et qu’il risque une sanction.

En adoptant de telles stratégies, l’auteur cherche à imposer une relation hiérarchisée et à se placer en position dominante. Il cherche à avoir du pouvoir, de l’emprise sur sa victime.


Stratégies de protection de la victime

Face aux différents comportements qui sont posés par l’auteur, la victime peut réagir de différentes manières, mais elle cherche constamment à se protéger. Parmi les stratégies de protection qu’elle peut adopter, il y a notamment :

  • La négation: la victime minimise, fait totalement abstraction des violences qu’elle subit et des conséquences qui en découlent.
  • La subordination: la victime se comporte comme l’auteur le souhaite, anticipe chacun de ses faits et gestes afin de ne pas éveiller sa colère.
  • La survie: la victime fuit, se met en sécurité et/ou s’éloigne lors de la crise. Par exemple, elle va se réfugier chez un membre de sa famille.
  • La négociation: la victime tente de modifier les comportements et attitudes de l’auteur. Par exemple, elle va accepter de poursuivre sa relation avec l’auteur à condition qu’il soit suivi pour ses assuétudes, sur le plan psychologique, etc.
  • Le contre-pouvoir: la victime va tenir tête à l’auteur, s’opposer à lui, tout en maintenant sa relation avec lui. Par exemple, elle va faire des choses qui lui sont habituellement interdites.
  • La résistance: la victime rejette l’auteur et se centre sur elle-même, sur ses propres besoins et désirs. Elle n’existe plus à travers l’auteur.

Lorsque la victime entre dans un positionnement de négociation, de contre-pouvoir ou de résistance, elle tente de reprendre du contrôle sur sa vie, de faire ses propres choix et de retrouver son autonomie. Cependant, ce sont des moments où l’auteur risque d’intensifier ses violences car la dynamique qu’il entretient (ou entretenait) avec la victime est déstabilisée, perturbée. Il ne parviendra pas (ou plus) à ses fins. Dans la mesure où l’auteur peut repousser ces limites, il y a lieu d’être particulièrement vigilant lorsque la victime se protège d’une telle manière.

Souvent confronté aux violences conjugales, comment se former ?

N’hésitez pas à suivre les formations proposées par les Pôles de ressources spécialisées en violences conjugales et intrafamiliales.

Pour plus d’informations : https://www.ecouteviolencesconjugales.be/qui-sommes-nous/les-poles-de-ressources/les-formations-et-supervisions/


Axelle BEGHIN
Criminologue au Parquet général près la cour d’appel de Liège


Sources :
Beghin, A., & Laouar, N. (2020). La violence conjugale : Évaluation du risque et éloignement du domicile. Éditions Politeia.

Pôles de ressources spécialisées en violences conjugales et intrafamiliales (Praxis, Collectif contre les violences familiales et l’exclusion et Solidarité-Femmes). (2019). Le Processus de Domination Conjugale (PDC) pour décoder les violences conjugales – module initial du programme de formations des pôles de ressources spécialisées en violences conjugales et intrafamiliales. Liège, Belgique. 

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