Evènement traumatique : l’importance du soutien social

Le soutien social est un des meilleurs facteurs de protection contre le développement du trouble de stress post-traumatique. En tant que collègue direct d’un intervenant (pompier, policier, ambulancier, ...) ayant subi l’impact traumatisant d’un évènement, votre aide peut faire toute la différence.

En tant que non spécialiste de l’aide psychosociale, comment pouvez-vous vous y prendre pour le soutenir ? Comment l'aider ? Que devez-vous éviter ?  
Dans cet article, nous nous adressons plus spécifiquement à tout personnel non spécialisé (collègue, responsable, gestionnaire) pouvant être amené à coordonner le soutien voire à soutenir personnellement un collègue exposé.


De l’importance du réseau social

Un manque de soutien organisationnel, un climat malsain, un manque de solidarité, voire des jugements ou des critiques formulés par des pairs, des supérieurs, peuvent gravement nuire au bon rétablissement d’un collègue victime d’un évènement traumatique.
Tout à l’opposé d’un soutien positif et adéquat imprégné de bienveillance, de non-jugement, de simplicité, d’authenticité, d’empathie, d’acceptation, de présence ….


Comment soutenir en tant que collègue ?

Pour pouvoir offrir un soutien efficace, il est important que vous vous sentiez à l’aise dans ce rôle et non bouleversé par l’évènement vécu par le collègue que vous souhaitez aider.
Vous trouverez ci-après quelques comportements efficaces pour soutenir le processus de rétablissement de votre collègue exposé.

Peu après l’évènement

  • Adopter une attitude rassurante
  • Soutenir son retour au calme par votre présence sereine, réconfortante, non intrusive
  • Le protéger de toute source traumatisante supplémentaire potentielle (médias, témoins, collègues insensibles ou critiques)
  • L’écouter activement, respecter son rythme, ses silences, son refus de parler
  • Evaluer ses besoins immédiats et lui apporter une aide concrète : Que puis-je faire pour toi ? De quoi as-tu besoin ? (p.e. boire, manger, se reposer )
  • Faciliter le contact avec son réseau social (p.e. avec sa famille par téléphone) et l’accès à une information exacte, simple, claire, structurée
  • Valider ce qu’il vit : Je peux comprendre que tu sois bouleversé / que ce que tu vis, est difficile ; Ne t’en fais pas, tes réactions sont normales. 
  • S’il est en détresse émotionnelle ou exprime un fort besoin de parler de son évènement, l’adresser (au besoin en urgence) à un spécialiste du trauma (médecin, psychologue…).


Dans les jours suivants

  • L’appeler et lui témoigner concrètement votre disponibilité à son égard, pour l’écouter ; lui permettre de vous reparler de l’évènement, s’il le souhaite ; être tout simplement présent
  • Continuer à normaliser ses réactions et ressentis
  • Lui proposer une activité voire de l’y accompagner, pour se changer les idées, sans lui mettre la pression cependant
  • L’encourager à parler de ses craintes et émotions négatives à son supérieur (responsabilité, enquête judiciaire, dédommagements, risque de perte d’emploi, …), voire à lui solliciter un aménagement temporaire de travail
  • L’encourager à chercher de l’aide professionnelle, si cela s’avère nécessaire
  • Maintenir le contact avec lui, s’il est en arrêt de travail
  • S’assurer du soutien positif d’autres collègues. 


Ce qui n’aide pas au rétablissement d’un collègue traumatisé

Vouloir aider n’est pas toujours facile lorsqu’on se sent impuissant. Certains comportements peuvent s’avérer non-aidants, malgré vos bonnes intentions. Pour en devenir conscient et décider éventuellement d’en développer de nouveaux, en voici quelques-uns :

  • Dans l’immédiat de l’événement, éluder certains besoins d’informations de votre collègue, lui formuler des promesses creuses : Ne te tracasse pas... ; Je veillerai personnellement à … ou encore : Ne te fais pas de souci, je te promets que… ou encore lui taire une partie de la réalité
  • Juger ses réactions ou ses actions pendant l’évènement ou après
  • Insister pour qu’il vous raconte en détails son évènement, au risque de lui provoquer une surcharge émotionnelle et de renforcer ses souvenirs traumatiques
  • L’inciter à « tourner la page » en arrêtant d’y penser
  • Invalider ses sentiments, le blâmer ou le critiquer pour ses difficultés : Tu ne devrais pas être en colère, cela ne va pas t’aider ; Qu’est-ce que tu as ? Tu ne devrais plus être aussi craintif dans tes interventions, ton événement, c’est du passé ! 
  • Minimiser son vécu : Cette intervention s’est finalement bien terminée, non ? ou Des collègues ayant vécu bien pire que toi, ne sont pas dans le même état que toi ! 
  • Banaliser la nature de l’évènement qu’il a vécu : Ce n’était rien d’autre qu’un accident mortel, un suicide, … de plus
  • Parler dans son dos ou refuser de parler avec lui ou encore l’éviter, l’exclure en quelque sorte du groupe
  • Le mettre sous pression pour qu’il reprenne le travail, ne se souciant pas de savoir s’il a eu assez de temps pour se remettre de l’évènement
  • Mal doser un humour noir
  • Lui déconseiller de recourir à une aide professionnelle parce que vous l’estimez inutile ou synonyme de faiblesse.

Si vous n’avez pas encore été confronté à un choc émotionnel ou psychologique, ou que vous n’êtes pas un « collègue d’infortune », vous pourriez avoir l’impression de ne pas avoir accès au « monde » de votre collègue, à ce qu’il ressent, à la compréhension de ses problèmes. L’accepter, sans blâmer fait également partie de ce processus de soutien tout particulier à toute personne ayant vécu un évènement traumatisant.

Article précédent : Après une intervention bouleversante

Thierry DEROUA
Commissaire divisionnaire er
Trainer en attitude coachante
Praticien en Relaxothérapie ® - Accompagnement du Stress et du Traumatisme

A noter :
Le colloque (présentiel et à distance) "Résilience face aux situations d’urgence collective : Comment ne pas la saborder, la faciliter, la construire ?" organisé le vendredi 02 décembre 2022 par l'unité de victimologie de l'Uliège, voir : 
https://secunews.be/pdf/Colloque-02-decembre-2022-Uliege-Reisilience-face-aux-situations-d-urgence.pdf


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