Violences sexuelles facilitées par la consommation de drogues

Les violences sexuelles facilitées par la consommation de drogues sont un phénomène encore mal connu et sous-estimé. Que savons-nous actuellement à ce sujet ?


Soumission et vulnérabilité chimique

La notion de violences sexuelles facilitées par la consommation de drogues englobe à la fois :

  • la soumission chimique, c’est-à-dire administrer une drogue à une personne, à son insu ou sous la contrainte, pour faciliter un crime à son encontre
  • la vulnérabilité chimique, c’est-à-dire l’état de vulnérabilité dans lequel se trouve une personne à la suite d’une consommation volontaire de drogues, alcool compris[1].

La consommation de drogues, qu’elle soit volontaire ou involontaire[2], modifie les comportements des victimes, affecte leurs perceptions et capacités à analyser les situations et leur dangerosité, à prendre des décisions, à se défendre, à exprimer leur consentement ou leur non-consentement, et à demander de l’aide. Elle peut même mener à la perte de conscience et/ou à une amnésie temporaire ou permanente, selon les produits consommés et certaines caractéristiques individuelles (corpulence, habitudes de consommation, traumatisme…).

Les violences sexuelles facilitées par la consommation de drogues induisent souvent un sentiment de vulnérabilité, et dans certains cas de culpabilité, chez les victimes. Il est dès lors fréquent que celles-ci ne rapportent pas les agressions sexuelles aux autorités ou le fassent tardivement. Or, plus le temps passe, moins les drogues utilisées sont détectables.

Ce sentiment de vulnérabilité est de plus aggravé par la complexité administrative et la lenteur du processus judiciaire, mais aussi par la crainte de ne pas être crues par les autorités, voire d’être blâmées (en particulier dans les cas où les victimes ont consommé volontairement des drogues).

Nous n’avons dès lors qu’une compréhension partielle du phénomène, et les données disponibles actuellement sont clairement une sous-estimation de la réalité. De plus, il est souvent difficile de distinguer les consommations volontaires et involontaires, notamment dans les contextes festifs, où les consommations récréatives sont courantes.

Des crimes d'opportunité

Sur base des données disponibles, on estime que les crimes « d’opportunité » (la consommation de drogues était volontaire) seraient plus courants que les crimes « proactifs », voire prémédités, contrairement aux représentations qui circulent au sein de la société.

Plusieurs études montrent en effet que les drogues impliquées sont aussi celles qui sont les plus communément consommées au sein de la population en contexte festif, c’est-à-dire l’alcool et d’autres drogues récréatives comme la MDMA, la cocaïne ou les cannabinoïdes, et non des drogues moins courantes (kétamine, GHB/GBL).

L’alcool (éthanol) est la drogue la plus fréquemment détectée dans les affaires d’agressions sexuelles facilitées par la consommation de drogues, suivi par les benzodiazépines. Ceci peut s’expliquer par leur forte accessibilité dans de nombreux pays (y compris en Belgique). Il s’agit en effet de médicaments fréquemment prescrits et qui peuvent être commandés facilement sur internet (hors du cadre légal d’une prescription, pour un prix relativement bas).

GHB, "drogue du viol" ?

A dose normale, le GHB (et ses précurseurs) a un effet euphorisant, désinhibant et aphrodisiaque, similaire à celui de l’alcool. Mais en cas de forte dose ou de prise combinée d’alcool ou d’autres antidépresseurs (benzodiazépines, barbituriques, etc.), son action est hypnotique, avec des risques d’amnésie voire de perte de conscience.

Ses effets hypnotiques-désinhibants en font une substance potentiellement dangereuse et son utilisation dans certains cas pour faciliter les agressions sexuelles explique qu’elle ait été baptisée « drogue du viol ». Néanmoins, les agressions sexuelles facilitées par la consommation de drogues sont plus souvent opportunistes, et d’autre part, le GHB est beaucoup moins souvent détecté que l’alcool, les benzodiazépines et d’autres drogues (cannabis, MDMA, antidépresseurs).


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Clémentine STEVENOT
Chargée de projets scientifiques auprès de Eurotox asbl

Référence :
Eurotox asbl (2022) « Violences sexuelles facilitées par la consommation de drogues », www.eurotox.org
 

[1] A noter que les victimes de soumission chimique et de vulnérabilité chimique sont majoritairement des femmes, représentant respectivement 66% et 91% des cas (CEIP-A, 2019).

[2] La pression sociale à consommer, exercée par un groupe ou une personne, dans l’objectif ou non de commettre un crime, peut être considérée comme une forme de consommation à mi-chemin entre la consommation volontaire et involontaire.