Rave-party : quelles opportunités d’action ?

Les autorités locales peuvent se sentir démunies face aux rave-parties. Quelles sont les motivations des organisateurs ? Comment réagir ? Est-ce possible d’empêcher la tenue de ces rassemblements sans autorisation ?

Pourquoi organiser des rave-parties ?

Ces rassemblements festifs organisés de manière plus ou moins secrète par des amateurs de house ou de techno, se déroulent généralement dans un bâtiment désaffecté ou en plein air.

Il ne faut pas réduire les rave-parties aux seuls amateurs de musique house ou techno. Le style de musique importe moins que la volonté de se réunir pour faire la fête, sans revendication idéologique particulière. En effet, certaines de ces manifestations peuvent avoir lieu dans un cercle restreint - limite "familial" - ou le style musical n’a que peu d’importance.
À l’inverse, l’aspect musical est plus présent dans les évènements de masse. Ceux-ci réunissent un grand nombre de participants en ce compris des personnes venant de régions frontalières voire étrangères. La présence d’alcool va de pair avec l’aspect festif et fera l’objet d’une logistique particulière. À l’inverse, la présence de drogue résulterait plutôt de comportements individuels.

La tenue de ces évènements dans des lieux isolés est un critère prépondérant. Sans nier l’attractivité de l’illicite, il répond également à une volonté de s’affranchir des contraintes telles que la déclaration de l’évènement auprès des autorités, le respect des règles en matière de sécurité et prévention des incendies, etc.

Partant du postulat que l’évènement ne sera pas autorisé par les autorités, les organisateurs chercheront logiquement un lieu discret même s’il n’est généralement pas propice à l’installation logistique (sonorisation, groupes électrogènes, bar, parking, …). Il peut s’agir d’endroits isolés dans les bois, d’anciennes carrières, d’anciens domaines militaires, de chancres industriels ou plus rarement de domaines comme d’anciennes fermes ou châteaux proches de villages. L’objectif sous-jacent est que l’évènement puisse se prolonger et soit donc détecté le plus tard possible.

Au regard de l’interdit et des difficultés rencontrées pour organiser ces évènements, l’absence de publicité est bien compréhensible. Mais l’information n’en est pas moins présente sur les réseaux sociaux, des messageries, des groupes, … Il est coutumier que les participants soient prévenus au dernier moment de l’endroit et de la date. 

Les différentes opportunités d’action

Outre les bases légales qui peuvent justifier une intervention policière pour ce type de rassemblement, soulignons la nécessité de prévoir au préalable un règlement qui interdise les rave-parties, en principe au niveau provincial sinon sur le territoire communal.

Le fait d’identifier les lieux ou infrastructures susceptibles d’avoir été utilisés ou d’être des cibles potentielles pour l’organisation de ces rassemblements et les surveiller régulièrement afin de détecter précocement les préparatifs d’une rave-party est une option préventive envisageable mais peu réaliste actuellement compte tenu du nombre de missions et du manque de ressources des zones de police.

Quant à l’opportunité d’intervention, elle dépendra en premier des caractéristiques de l’endroit où se déroule l’évènement. S’il s’agit d’un domaine militaire ou d’une zone Natura 2000, les possibilités d’actions sont bien évidemment différentes.

Sans préjuger des décisions qui pourront être prises par les autorités administratives, la médiation est certes à privilégier lorsque la manifestation est signalée mais n’a pas encore effectivement démarré. La concertation avec les organisateurs permettra de cerner leur projet et d’en examiner la faisabilité compte tenu d’une analyse des risques et des mesures à prendre pour le sécuriser.  

Dans le cas où les services de police se trouvent confrontés à une rave-party en cours, ils identifient en premier lieu les organisateurs afin de négocier l’arrêt de l’évènement ou un cadre acceptable pour la tenue de celui-ci. La position de l’autorité administrative (tolérer/encadrer/interdire/opportunité d’intervention) tiendra compte a fortiori des contingences d’ordre public eu égard aux caractéristiques de l’évènement (localisation, nombre de participants, nuisances, etc.) et des conditions de sécurité. Sans oublier qu’une politique de tolérance zéro ne sera possible qu’avec des effectifs suffisants et notamment l’appui fédéral spécialisé : CIK, FERES, arroseuses, cavalerie, …

Toutefois, il n’est pas exclu que l’arrivée de la police soit synonyme de débordements. En raison de la consommation d’alcool et de drogues et de la dangerosité du site, les intervenants doivent éviter de prendre des risques inutiles tant pour eux-mêmes que pour les participants de la rave-party. Au regard de ces difficultés, la gestion négociée[1] est sans doute la démarche la plus opportune. Mais les acteurs de terrain doivent alors parvenir à cibler et convaincre l’organisateur disposant de l’autorité suffisante sur les participants. La saisie possible du matériel ainsi que des véhicules utilisés pour le transporter peut parfois permettre de trouver un terrain d’entente. Si les installations sont reliées au réseau électrique (le cas est peu fréquent), il est envisageable de faire appel au gestionnaire réseau pour y mettre un terme.

Dans l’attente d’éventuels renforts ou de l’arrêt de la manifestation en cours, il faudra dans tous les cas limiter l’arrivée de nouveaux participants sur le site.


Kevin LIBIOUL
Coordinateur – Criminologue CIEAR Namur


Liste non exhaustive de législations applicables
Nouvelle Loi Communale (article 134 ou 135§2)

Loi relative à la lutte contre le bruit (18 juillet 1973)

Code pénal (article 561 : tapage nocturne et 534ter : dégradation immobilière)

Loi sur la fonction de police (article 30 : saisie administrative)

Règlement général de police ou ordonnance de police interdisant la tenue d’évènements de ce genre dans des lieux publics non-adaptés

Code forestier et Loi sur la conservation de la nature (article 11 : dans les réserves naturelles et article 21 : site nature 2000)

Loi concernant le trafic des substances vénéneuses, soporifiques, stupéfiantes, psychotropes, désinfectantes ou antiseptiques et des substances pouvant servir à la fabrication illicite de substances stupéfiantes et psychotropes (24 février 1921)


[1] https://www.secunews.be/fr/themes-fr/securite-acteurs-et-cadre-reglementaire/251-le-role-des-acteurs-impliques-dans-la-securite-d-un-evenement