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Les triades ont fait l’objet de nombreux mythes et d’amalgames qui en firent le symbole de la criminalité organisée chinoise. Comment ont évolué ces réseaux mafieux pour devenir à l’heure actuelle des acteurs discrets mais efficaces de la mondialisation illicite ?

 


Assimiler les triades à la mafia chinoise constitue une méprise conceptuelle pouvant influencer négativement la compréhension du fonctionnement du crime organisé chinois et l’élaboration de mesures de détection/lutte contre cette structure mafieuse particulière.




Les triades : une organisation criminelle chinoise parmi tant d’autres

 

Historiquement, les premiers récits occidentaux évoquant les « triades » remontent au 19e siècle, principalement par les britanniques dans le contexte de la colonie immobile de Hong Kong où ces sociétés « secrètes » posaient problème aux autorités coloniales. De fait, toute forme de criminalité ou de comportements protestataires étaient attribués aux triades ; au fil du temps, le terme « triade » a été systématiquement utilisé pour généraliser tout gang ou groupe criminel composé de personnes d’origine chinoise.


Or, toutes les triades ne sont pas impliquées dans des activités criminelles et toutes les organisations criminelles chinoises ne sont pas nécessairement associées aux triades (Ex : Tongs, Snakeheads, etc.). Des nuances importantes à considérer puisque les structures de ces organisations (leadership, recrutement, etc.), leurs modes opératoires et activités illicites, leurs moyens (humains, financiers, expertise et champ d’influence) peuvent varier et donc nécessiter des approches stratégiques et/ou opérationnelles différentes.




Les triades contemporaines

 

Traditionnellement, les triades chinoises suivaient un modèle très centralisé et pyramidal teinté de nationalisme, de traditions et de rites issus de leur histoire. Les triades chinoises se sont vite aperçues que ce mode de fonctionnement état incompatible dans le contexte de la mondialisation et entravait donc l’exercice de formes de criminalité transnationale.


C’est à partir des années 70, que les triades ont progressivement entamé un processus de décentralisation et de subdivision, délaissant ainsi leur structure pyramidale rigide pour fonctionner davantage comme des réseaux plats avec des niveaux d’accès et de contact moins hiérarchisés : un modèle entrepreneurial plus prononcé et plus orienté résultats.


Comparées aux autres organisations criminelles structurées – telles que les mafias italiennes ou encore les yakuzas – les triades sont composées davantage de petits groupes disparates, autonomes et par un leadership moins charismatique (pas de « parrains ») avec une répartition des fonds illicites plus prononcées vers les membres qu’au profit de l’organisation/gang en tant que telle.

 


Structure et composition

 

Les membres des triades – factions comprises – se répartissent en trois catégories principales :

  • Les décideurs ou titulaires de fonction spécifique (office bearer/red pole) ;

  • Les membres ordinaires, presqu’exclusivement d’origine chinoise et ayant été formellement intronisés (rites/cérémonies) dans la triade ;

  • Les « affiliés » qui sont tolérés ou accepté verbalement à rejoindre la triade – de manière continue ou ponctuelle – où l’allégeance à l’organisation se matérialise souvent via le paiement d’une dote.



Si la composition des triades reste principalement composée de Chinois, celles-ci ont progressivement élargi leur recrutement à des personnes issues d’autres cultures et ethnies : indiens, pakistanais, népalais, thaïlandais voire quelques occidentaux.

Néanmoins, ceux-ci occupent le plus souvent des fonctions de logisticiens ou d’exécutants de première ligne (prostitution, services de protection, extorsion, contrefaçon) alors que d’autres activités telles que le trafic de stupéfiants et certains autres aspects de la prostitution leur sont moins accessibles : l’origine nationale et raciale des membres de triades demeurent un facteur déterminant pour gagner la confiance de ces sociétés.


Enfin, au niveau du genre, les triades – ainsi que les autres organisations criminelles chinoises - ont progressivement élargi les postes-clés voire de décideurs aux femmes. Exemples : Cheng Chui Ping en matière de trafic d’êtres humains ou Yang Feng Glan dans le cadre du trafic d’ivoire.




Et en Belgique ?


Bien qu’étant une organisation criminelle reconnue et suivie naturellement par les services policiers belges, le nombre de dossiers judiciaires impliquant les triades chinoises en Belgique est peu significatif (à peine 1% par an) bien loin des clans turcs et albanais qui sont plus nombreux.


Néanmoins, ces statistiques ne reflètent que la pointe de l’iceberg et au sein de la criminalité enregistrée, d’autres associations de malfaiteurs ou d’organisations criminelles peuvent naturellement être indirectement en lien avec la criminalité organisée chinoise, notamment au niveau de la chaîne logistique nécessaire à la commission de leurs activités illicites sur le territoire.



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Sébastien DORMAELS
Licencié en criminologie



Sources :

VON LAMPE K., Organized Crime : analyzing illegal activities, criminal structures, and extra-legal governance, London: SAGE, 2016, pp. 162-167.


https://www.scielo.br/scielo.php?pid=S0102-69092017000100507&script=sci_arttext


http://notes-geopolitiques.com/chine-triades/