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Boire de l'alcool de manière régulière et intensive peut déboucher sur une consommation à risque voire problématique. Comment détecter à temps ces usages à risque, les ressources disponibles pour les intervenants de première ligne en Wallonie et à Bruxelles.

 

 

Le rôle de la détection précoce

La détection précoce d’une consommation à risque, voire d’une consommation problématique, est une démarche cruciale en santé publique, complémentaire aux autres stratégies de prévention et de réduction des risques. Elle est une condition à l’intervention précoce qui anticipe la demande de soin avant que la problématique ne s’aggrave, dans le but de diminuer les risques et de préserver la santé des usagers (1).


Les intervenants de première ligne (médecins généralistes, médecins du travail, pharmaciens, services d’urgences, gynécologues, psychologues, professionnels du milieu scolaire, du milieu pénitentiaire, etc.) sont idéalement positionnés pour détecter les usages problématiques ou à risque, et initier des interventions précoces, voire réorienter les usagers.

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Détection précoce : comment ?


La détection précoce consiste à identifier les usages à risque, dans le but de prévenir le développement d’une consommation problématique ou réduire les risques liés à une consommation. Elle peut être menée à partir de plusieurs outils à destination des usagers, de leurs proches et entourage, et des professionnels en contact avec eux.


Si ces outils sont utiles à la pratique, il ne faut pas perdre de vue que leurs qualités psychométriques (sensibilité, spécificité, etc.) ne sont pas parfaites, qu’ils ne sont pas adaptés à tous les publics, et qu’ils ne peuvent se substituer à un entretien détaillé avec la personne, permettant de contextualiser les comportements, d’identifier la/les fonctions de la consommation dans l’économie individuelle et d’en estimer les conséquences biopsychosociales.


Moyennant certaines précautions (familiarité avec l’outil, connaissance ou formation en matière d’assuétudes, notamment), les outils de dépistage peuvent être utilisés par les intervenants qui ne sont pas spécialisés dans la détection et la prise en charge des problématiques d’assuétudes, afin d’améliorer le repérage et l’orientation précoces des personnes ayant un usage à risque ou problématique.

 

 


Ressources à l’attention des intervenants de première ligne

>   Cellule « Alcool » de la Société scientifique de médecine générale (SSMG) propose des formations et des informations et outils en ligne :

o   Mésusage d’alcool

Outils utiles en consultation


>  
Brochure « Où en suis-je avec ma consommation ? J’en parle à mon médecin » de l’Observatoire de la santé du Hainaut

>   Réseau Alcool (SSMG) : www.reseaualcool.be

>   Asbl Promo Santé et Médecine générale

>   Outil d’aide au repérage précoce et à l’intervention brève de la Haute Autorité de Santé

>   Questionnaires de dépistage (dont l’AUDIT, le FACE, le DETA-CAGE, etc.) peuvent être téléchargés ou remplis sur les sites du RESAPSAD, de Test-Addicto ou de la SSMG

>   Certificat interuniversitaire alcoologie (SSMG, ULB, UCLouvain et ULiège ; admissions sur dossier)

>   Certificat universitaire en approche clinique et prise en charge des consommateurs (ULiège)

>   Formations MOOC (par exemple « Comprendre les addictions »)

>   Livrets et bibliothèque virtuelle de bonnes pratiques d’Eurotox asbl



Auto-évaluation et aide en ligne


La détection précoce peut également être proposée en « libre accès », à l’aide de questionnaires d’auto-évaluation de la consommation mis à disposition du grand public, en particulier sur internet. Il s’agit généralement de questionnaires à choix multiples qui proposent à l’utilisateur de situer sa consommation et d’entamer une réflexion. À l’issue du questionnaire, les répondants reçoivent une information standardisée sur le type d’usage décrit dans leurs réponses, les risques potentiels liés et des conseils de réduction des risques adaptés. Le feedback inclut également les coordonnées des associations ou des services qui pourraient être utiles aux usagers.


En Belgique francophone, les sites www.aide-alcool.be et www.stopouencore.be proposent des outils de ce type. L’intervention précoce à distance est rendue possible par les asbl Centre Alfa et Le Pélican qui gèrent deux programmes d’aide en ligne mis à disposition sur le site aide-alcool.be : l’un de self-help et l’autre d’accompagnement en ligne.


L’accompagnement en ligne est réalisé par un psychologue, uniquement par écrit (par chat), gratuitement et anonymement, une fois par semaine pendant 3 mois. Le programme est composé de différents exercices (journal de la consommation, balance des avantages et inconvénients de la consommation et du changement, etc.), de documents informatifs (par exemple sur la motivation, sur la pression sociale, etc.) et d’un forum privé, réservé aux personnes inscrites aux deux programmes.

 

Des publics spécifiques


Certains publics d’usagers sont moins couverts par les dispositifs de détection précoce, notamment les personnes détenues, les personnes âgées, les personnes migrantes et les femmes enceintes et leur partenaire. Conséquemment, ces publics bénéficient moins des interventions précoces et, le cas échéant, des accompagnements et/ou traitements adéquats, par rapport à la population générale.


Plusieurs éléments jouent sur cette tendance 

  • Les outils de détection utilisés en population générale ne sont pas toujours adaptés à ces publics puisqu’ils ne correspondent pas à leurs réalités de vie et/ou leurs conditions physiques ;

  • Les professionnels non spécialisés de première ligne ne bénéficient pas toujours d’une formation (suffisante) en matière d’alcool, ce qui a un impact direct sur leur capacité à détecter les consommations problématiques, ainsi que leur inclination à aborder le sujet avec leurs publics ;

  • Les politiques de promotion de la santé ne sont pas suffisamment promues et soutenues. Ce qui implique d’abord que les usagers et les professionnels non spécialisés n’ont pas tous accès à l’information liée à la consommation d’alcool et les risques relatifs, ensuite que les professionnels de la santé n’ont pas toujours le temps et les ressources pour appliquer une évaluation et une détection systématiques des consommations (notamment en milieu carcéral) et des comorbidités (en particulier les problèmes de santé mentale couplés à une consommation problématique d’alcool, notamment auprès des personnes ayant un parcours migratoire difficile voire traumatisant).


 
Quelques outils à destination des professionnels en contact avec des publics spécifiques

 

>   Femmes enceintes : outil de dépistage T-ACE (Tolérance, Agacement, Cessation et Eveil) simple, court et adapté à la pratique obstétricale

>   Personnes âgées : outil de repérage précoce SMAST-G ou EDDA (Enquête sur les dommages dus à l’alcool) qui prend en compte l’état de santé physique et psychologique, l’usage de traitements médicaux et le déclin des fonctions organiques 

>   Inclusion des personnes transgenres (en anglais)

>   Interventions brèves en milieu carcéral (en anglais)

>   Surmonter les barrières linguistiques (Bruxelles - Brusano)

 


Suite à la détection précoce d’une consommation à risque, l’intervenant peut proposer une intervention brève. En cas de diagnostic ou suspicion d’une consommation problématique, les usagers peuvent être pris en charge ou réorientés vers des structures spécialisées. L’article suivant fournit des ressources en ces matières et des contacts utiles pour les intervenants de première ligne.



Article suivant : Consommation d’alcool : comment intervenir et vers qui réorienter les usagers ?



Michaël HOGGE et Clémentine STEVENOT
Chargés de projets scientifiques

Eurotox asbl – Observatoire Alcool-drogues en Wallonie et à Bruxelles



(1) Le genre masculin sera employé sans aucune discrimination et uniquement dans le but de ne pas alourdir le texte.




https://eurotox.org/