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Les réseaux sociaux, et notamment Twitter, sont régulièrement exploités comme outil d’influence, pour faire croire aux gens des choses qui ne sont pas vraies afin de les pousser à agir d’une certaine manière. Comment détecter efficacement les fake news ?

 


Créer artificiellement un « trending topic » sur Twitter, truquer un sondage, générer des milliers de comptes fictifs qui soutiennent ou qui critiquent, tous les moyens sont mis en œuvre pour privilégier ou dénigrer des partis politiques, amplifier une revendication, lancer des rumeurs, etc.


Consciente de la menace que représente ce phénomène pour la démocratie, l’Union européenne a lancé un plan d’action contre la désinformation organisée.


De son côté, l’internaute se doit d’acquérir les bons réflexes afin de ne pas participer malgré lui à ce marché devenu lucratif : l’amplification artificielle de messages sur Twitter.




Le plan d’action de l’Europe 


Dans un contexte aggravé par le COVID-19, la désinformation s’est propagée en flux croissant, au point d’être nommée « infodémie à l’échelle planétaire » par l’Organisation mondiale de la santé. Dans son premier rapport de mars 2020, le Service européen de l’action extérieure parle d’objectif politique ciblant directement l’Union européenne en tentant de la déstabiliser et d’empêcher une réponse coordonnée. Il relate notamment 80 campagnes issues de médias russes pro-Kremlin.


Outre un dossier centré sur le Coronavirus et ses fake news parfois dramatiques, la Commission européenne a publié le 10 juin 2020 une communication pour aider à démêler le vrai du faux concernant le COVID-19. Elle y développe une stratégie déjà présente dans un plan d’action publié en décembre 2018 :

  • Renforcer l’identification et la détection des cas de désinformation ;

  • Consolider la coopération et l’action commune, y compris en renforçant la communication avec les plateformes de médias sociaux, ainsi que la communication à l’intérieur et à l’extérieur de l’Union ;

  • Encourager le secteur privé à lutter contre la désinformation, soutenir les vérificateurs de faits et les chercheurs ;

  • Sensibiliser les citoyens et leur donner les moyens d’agir, notamment en soutenant le développement de la pensée critique des utilisateurs de médias sociaux.




La politique de Twitter en matière de manipulation 


Dans sa politique générale, la plateforme américaine interdit clairement « d’utiliser les services de Twitter d’une manière qui vise à amplifier ou à supprimer artificiellement des informations, ou d’adopter un comportement qui manipule ou perturbe l’expérience des utilisateurs ». Le spam à visée commerciale, les engagements inauthentiques et les actions coordonnées de plusieurs comptes ou faux-comptes sont explicitement défendus.


Mais les stratagèmes mis en place détournent les algorithmes de contrôle : personnaliser des faux comptes, créer des schémas d’écriture différents, éviter les interactions entre bots, modifier l’adresse IP de manière aléatoire, utiliser des API différentes…


Certaines campagnes peuvent coûter jusqu’à un million d’euros et s’organiser en différentes phases, parmi lesquelles :

  • personnaliser des milliers des faux comptes ;

  • analyser des conversations sur un sujet donné ;

  • établir la liste des comptes favorables et des adversaires ;

  • interagir de manière ciblée avec des comptes importants pour attirer l’attention ;

  • insulter ou menacer en visant des tweets de personnes célèbres afin de les intimider et de les amener à l’autocensure ;

  • encourager les utilisateurs partageant la même idéologie ;

  • publier sur d’autres sujets afin de ne pas se faire repérer.



Mettre en place un système de détection de telles campagnes demande énormément de ressources. Or, Twitter se fait régulièrement épingler pour son manque d’efficacité contre les fake news. Une étude réalisée par l’université d’Oxford démontre que 59% des fausses nouvelles pourtant identifiées par les fact-checkers à propos de la pandémie continuent à circuler sur la plateforme. Les plus influentes de ces fausses nouvelles sont lancées par des groupes politiques ou des personnages publics et portent sur l’action des gouvernements ou des autorités sanitaires afin de les décrédibiliser.



A la suite de Facebook, Twitter appose dorénavant des étiquettes d’avertissement sur les fake news circulant au sujet du coronavirus, évaluées en trois degrés de dangerosité :

  • Une étiquette pour les tweets trompeurs
  • Le masquage des contenus considérés comme dangereux
  • La suppression des contenus nuisibles.




Renforcer nos réflexes critiques d’internautes


En tant qu’utilisateur des réseaux sociaux, la première façon de lutter contre ce phénomène est d’en être conscient. Liker ou partager une information manipulatrice participe au succès de la campagne de désinformation.


Le premier réflexe à acquérir est dès lors de s’interroger sur l’auteur et sur sa motivation.

  • Vérifiez le contenu : les faits sont-ils exacts ? L’article est-il partial ? Des plateformes comme Hoaxbuster, Le Decodex, CheckNews, Faky, Media Bias/Fact Check (MBFC) ou what-the-fake peuvent vous y aider.

  • Identifiez l’auteur : cette personne existe-t-elle ? Est-elle crédible ? Quel type d’information émet-elle d’habitude ? Une simple requête sur un moteur de recherche suffit parfois à obtenir des informations inattendues.

  • Informez-vous sur la plateforme émettrice : la connaissez-vous ? Qui se trouve derrière la rubrique « à propos » ? Qui la finance ? Quel type d’information a-t-elle l’habitude d’émettre ?

  • Vérifiez les sources mentionnées par l’auteur. S’il n’y a pas de sources, restez méfiant.

  • Vérifiez les images et les vidéos. Elles représentent un vecteur idéal pour la manipulation car elles déclenchent facilement l’émotion. Renseignez-vous pour savoir si elles ne sont pas falsifiées ou si elles ne proviennent pas d’un contexte différent du contenu de l’article. Des outils comme de TinEye, Google images, Online Exif Viewer, FotoForensics ou DataViewer peuvent vous être très utiles.

  • En cas de doute à propos d’un compte, utilisez un détecteur de robots comme Botometer.

  • Soyez conscients de vos propres biais : ce n’est pas parce que vous désirez qu’une information soit vraie qu’elle l’est réellement. Prenez du recul et gardez la tête froide.

  • Ne partagez jamais une information avant d’avoir accompli les étapes précédentes.




Que faire lorsqu’on tombe sur une fausse information ou un faux compte ?

  • Signalez la supercherie à la plateforme du réseau social sur laquelle vous l’avez trouvé. Tous les réseaux sociaux disposent maintenant d’une option de signalement.

  • Identifiez la personne qui a diffusé l’information et signalez-lui son erreur. Cela permettra peut-être de la sensibiliser au problème.

  • Transférez éventuellement la fausse information à des sites de fact checking dédiés comme 20 minutes, ou étiquetez-la comme fake sur le forum de Hoaxbuster.

 


Michèle ORBAN

Consultante et formatrice en veille informationnelle

 

Lire aussi :

Les réflexes indispensables pour déjouer les fake news


Quels outils pour dépister les fakes news et autres rumeurs ?


Théories du complot et fermes à trolls : comment détecter la désinformation organisée ?




Source :

https://euvsdisinfo.eu/eeas-special-report-disinformation-on-the-coronavirus-short-assessment-of-the-information-environment/