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Cela peut être difficile pour la victime d'évoquer en détails ce qu'elle a subi, à cause du traumatisme psychique, de la peur, du sentiment de honte ou d'humiliation. Mais la connaissance des divers types de gestes sexuels et des éventuels échanges verbaux entre l'auteur et sa victime, aide à comprendre la motivation qui sous-tend l'acte. 



Les gestes exécutés par l'auteur


Outre des questions sur l'acte sexuel lui-même - pénétration vaginale, orale ou anale - les enquêteurs veilleront à faire préciser aussi les autres gestes posés par l'auteur: baisers, caresses, usage d'objets étrangers, intromission des doigts dans le vagin ou l'anus, fétichisme, voyeurisme ou exhibitionnisme. La répétition et la séquence d'actes seront également signalées.


Les abus sexuels forcés peuvent avoir diverses significations socio-psychologiques. En analysant la séquence de l'agression, il peut être possible de déterminer si le délinquant a agi sur un fantasme, pour expérimenter quelque chose de nouveau, pour punir ou humilier la victime. Par exemples :


• quand des actes de sexe oral et anal sont imposés à une victime, si la pénétration anale est suivie par une fellation, la motivation à punir et à dégrader est fortement suggérée.

• en agissant pour satisfaire un fantasme, le délinquant se livre habituellement à des baisers, caresses et / ou cunnilingus. Si une fellation est imposée, alors elle précède généralement la pénétration vaginale ou anale.

• dans le cadre d'une expérience sexuelle nouvelle, l'auteur est peu loquace, modérément brutal dans le contact physique avec la victime et assez méprisant à son égard. Dans ce cas, la fellation peut précéder ou suivre la pénétration.



Le comportement verbal du violeur


Selon un stéréotype commun, le violeur utilise la force physique pour atteindre son but. On a tendance à oublier qu'il met aussi en oeuvre une stratégie fondée sur le langage. Ce faisant, il révèle beaucoup de choses sur lui-même et ses motivations. Dès lors, il est extrêmement important que la victime puisse fournir des détails sur ce qu'il a dit, ainsi que la manière, le ton et l'attitude dont cela a été dit.


Dans les paroles prononcées par l'auteur, on peut trouver des menaces, des ordres, des tentatives de mise en confiance, des questions posées à la victime, notamment sur ses expériences et ses plaisirs sexuels, des mots obscènes, des paroles humiliantes, des expressions racistes. Tout cela est révélateur de la psychologie de l'auteur, de son besoin ou fantasme de possession de la femme, surtout si elle est celle d'un autre homme.


La précision est importante. Par exemples :


• le violeur qui déclare Je vais vous blesser si vous ne faites pas ce que je dis, a en effet menacé la victime, tandis que celui qui dit Faites ce que je dis et je ne vous ferez aucun mal, se veut quelque peu rassurant et cherche à gagner la docilité de la victime, sans violence.

• le violeur qui dit Vous êtes une belle femme (compliment), ou Je veux faire l'amour avec vous, exprime son désir d'avoir un rapport sans nuire physiquement à la victime. Inversément, un énoncé tel que Je vais te baiser ou Ferme-la est beaucoup plus agressif et suggère l'hostilité et le mépris envers les femmes.

• des compliments à la victime, des marques d'intérêt, voire de politesse ou d'excuse et des propos sur la vie personnelle de l'auteur, indiquent une faible estime de soi de sa part.

• l'usage du tutoiement, des propos dégradants et menaçants évoquent la colère, l'agressivité et le désir d'humilier.



Le comportement verbal forcé de la victime


Ce qu'une personne dit à son partenaire pendant les rapports sexuels consentis peut être gratifiant ou nuisible à une relation. Dans une situation non consentie, le violeur peut demander ou ordonner à la victime de prononcer certains mots ou expressions dans le but de maintenir son excitation. En lui demandant ce que, le cas échéant, elle a été forcée de dire, l'enquêteur peut définir ce que l'auteur trouve gratifiant, et par là quels sont ses besoins et motivations. Par exemples:


• un violeur qui exige des phrases telles que Je t'aime, Fais-moi l'amour, ou Vous êtes mieux que mon mari, suggère un besoin d'affection ou de l'amélioration de l'image de son ego.

• celui qui exige que la victime le supplie ou qui la force à crier est probablement un sadique sexuel cherchant à dominer et à contrôler totalement sa victime.

• si la victime est forcée de parler d'une manière avilissante, le violeur cherche sans doute à l'humilier.



L'acte de viol ne se déroule pas nécessairement tel que l'auteur l'a prévu et celui-ci est par nature un être imprévisible. Dans l'article suivant, nous évoquerons comment et pourquoi l'attitude du violeur peut changer.




Jean-Paul WUYTS 
Commissaire divisionnaire er 
Licencié en criminologie et psychologie



Source : Burt E. Turvey : Behavioral evidence : understanding motives and developing suspects in unsolved serial rapes through behavioral profiling techniques, 1996, (voir référence)


Tous les articles : 


L'audition des victimes de viol et le profilage du violeur (1) 

Audition de la victime d'un viol : comment cerner l’approche de l’agresseur (2)

Identifier le comportement de l'agresseur (3)

Les réactions possibles de la victime face à son agresseur (4)

Les dysfonctionnements sexuels chez l'agresseur (5)


Déterminer ce qui se passe pendant l'acte (6)

Le violeur change d’attitude, efface les traces … autant d’indices pour l’enquête (7)


Les cas de vol associé au viol 
(8)

Audition de la victime d'un viol : les fausses allégations (9)



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