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L’organisation de la ville, mais aussi du bourg et du village joue un rôle important, dont on n’a pas toujours suffisamment conscience, par rapport à la sécurité publique et au sentiment de sécurité. La qualité des lieux et leur vitalité peut-elle dissuader les délits ?




La prise en compte du rôle du schéma urbain a été initiée dans le monde anglo-saxon depuis le début des années 1980 par la mise en œuvre de l’approche connue sous le nom de ‘Crime Prevention Through Environmental Design’, CPTED, et traduite en français par ‘prévention environnementale’. Forte de ses résultats, elle s’est développée dans de très nombreux pays et évolue vers une approche de plus en plus globale et intégrée.




Par la confiance qui nous est a priori accordée, chacun est coproducteur de sécurité


Complémentaire aux approches et mesures de répression et de prévention sociale, la prévention environnementale s’est constituée à la croisée de théories criminologiques et urbanistiques. Ce sont les théories criminologiques dites de l’opportunité qui sont à l’origine de l’approche et dont le fondement est l’observation de la convergence dans le temps et dans l’espace d’un délinquant potentiel, d’une cible adéquate et de l’absence de surveillant.


Confirmant le constat que les formes urbaines et architecturales facilitent ou inhibent le passage à l’acte délictueux, Jane Jacobs et Oscar Newman, théoriciens en urbanisme, ont mis en évidence l’impact de ces formes sur le rôle des habitants et des usagers dans le maintien de la sécurité publique.

Ainsi, Jane Jacobs a écrit à ce propos : En premier lieu, ce qu’il faut bien comprendre c’est que la paix publique dans les villes, celle du trottoir et de la rue, n’est pas d’abord l’affaire de la police, si indispensable que soit celle-ci. C’est d’abord l’affaire de tout un réseau, complexe au point d’être presque inconscient, de contrôles et de règles élaborées et mis en œuvre par les habitants eux-mêmes.(1)


Cette perspective intègre la prévention situationnelle, qui s’intéresse principalement aux dispositifs physiques de renforcement des cibles et d’empêchement et de dissuasion des délits, dans une approche globale et positive. Celle-ci est fondée sur la fréquentation et la vitalité des lieux susceptibles d’assurer un contrôle social suffisant.

Concrètement, la coprésence des personnes dans l’espace public est de nature à rassurer et à inhiber le passage à l’acte délictueux. Jane Jacobs ramasse cela dans la formule « les yeux de la rue », soit les yeux des riverains et des passants. Que l’on en ait conscience ou non, chacun de nous est bien a priori coproducteur de sécurité.




Le potentiel des ressources des lieux


Depuis son origine, l’approche CPTED a évolué et fait de plus en plus l’objet d’études approfondies permettant de diagnostiquer les problèmes connus ou prévisibles et d’y remédier au mieux en évaluant différents scénarios en concertation avec l’ensemble des acteurs concernés par la conception d’un projet, sa réalisation et sa gestion. En Belgique, jusqu’à ce jour en tout cas, ces démarches ne sont pas explicitement prévues en urbanisme et il est généralement considéré que les préoccupations pour la sécurité et le sentiment de sécurité font partie intégrante de ce que l’on appelle communément le bon aménagement des lieux.


Si les bénéfices du CPTED sont largement démontrés aujourd’hui, on sait également qu’au-delà de la seule prévention de la délinquance, la qualité de nos villes, bourgs et villages est de nature à offrir à leurs habitants des conditions favorables pour mener à bien leurs conduites et leurs projets de vie et, ce faisant, contribuer à réduire ainsi les probabilités de délinquance.



Afin d’apprécier les nombreuses retombées pratiques de la mise en œuvre de l’approche CPTED, nous poursuivrons dans de prochains articles l’examen de trois éléments de l’organisation des agglomérations qui jouent un rôle déterminant par rapport à la sécurité et au sentiment de sécurité : le tissu urbanisé, l’habitat et l’espace public.

Nous y serons notamment attentifs au fait que, pour autant qu’on y regarde de près, la conception de nos lieux de vie peut s’appuyer sur de multiples ressources qui permettent de limiter dans une mesure raisonnable l’installation de dispositifs d’empêchement et de contrôle à distance.



Pierre VANDERSTRAETEN

Architecte-urbaniste et sociologue,
Professeur à l’Université Catholique de Louvain (UCL)



(1) JACOBS J., 1991 (1961 texte original), Déclin et survie des grandes villes américaines, éd. Mardaga, Liège, p. 43.


 

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