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L’étape la plus délicate de cette escroquerie est le retrait des fonds frauduleusement acquis. Une phase dangereuse cette fois-ci pour les membres les plus actifs du réseau : les attaquants. Comment ces escrocs arrivent-ils à déjouer tous ces filtres que sont notamment les caméras au sein des espaces self et ATM bancaires et la surveillance bancaire des transactions ? A partir de notre expertise policière, nous aborderons les petits « trucs » de ces escrocs en Belgique pour conclure sur les aspects transnationaux de cette criminalité.

 

La « sous-traitance criminelle » ou le recours aux services d’autres réseaux


Au regard des données policières, il appert que certains réseaux criminels sont plus actifs dans les escroqueries de type « Post-it » (RDC, Cameroun, etc.) et font donc l’objet d’une surveillance plus assidue lors de l’utilisation des ATM et sont donc plus souvent surveillés et contrôlés par les services de police dans le cadre de la lutte contre ce phénomène.

C’est pour cette raison que les attaquants recourent souvent à des «petites mains», généralement des Roumains qui, contre une petite rémunération, se chargent d’aller contrôler le solde du compte en banque sous la surveillance de l’attaquant. Si le solde est positif, l’attaquant l’enverra effectuer divers retraits d’argent dans divers espaces self-banking. On peut aussi parler de l’internationalisation du phénomène dans ce cas précis.



La consultation du solde du compte « mule » : une alternative aux banques et ATM


Les espaces self banking étant généralement sous surveillance vidéo, les attaquants utilisent alors d’autres systèmes de paiement afin de savoir si le compte mule a été crédité.

Pour ce faire, ils effectuent généralement des achats de ticket STIB ou SNCB dans les gares ou dans les grands espaces publics, ce qui leur assure une plus grande impunité et leur permet d’échapper plus aisément aux caméras de surveillance ou aux divers services de sécurisation.

Si leur transaction est acceptée, l’attaquant sait que l’argent a été versé et peut passer à l’étape suivante : le retrait de l’argent.



Des réseaux criminels structurés et internationaux : leurs caractéristiques


Nous avons déjà décrit, dans de précédents articles, le rôle des principaux acteurs de ces délits sont les voleurs, les mules, les gratteurs et les attaquants. Quelle est l’implication du leader ?


Le leader trouve sa place dans la pyramide par son réseau de contacts et par son image de «personne de confiance», prêt le cas échéant à être condamné par les tribunaux, sans jamais «balancer» ses complices. Ils sont notoirement connus dans leur pays d’origine comme des personnes aisées et influentes. Le vrai leader n’est généralement pas domicilié sur notre territoire, ce qui rend plus compliqué son identification et son interpellation.

Il est également celui qui a contact avec les autres organisations criminelles dans des pays étrangers et qui sont impliquées dans le même type de criminalité. Ces organisations se situent généralement en France, au Grand-Duché du Luxembourg, en Allemagne et en Autriche. Le recours à ces organisations internationales prend place lorsque le montant des escroqueries est très élevé. Il s’agit ici de montants variant de quelques centaines de milliers d’euros à plusieurs millions d’euros. Ces montants sont trop élevés pour aboutir correctement sur notre territoire national.


Dans le principe de fonctionnement, ces organisations criminelles étrangères assurent la consultation des soldes et le retrait en cash de l’argent escroqué, et ce moyennant des commissions négociables de 10 à 40% selon les montants et les risques encourus. Dans ces cas d’espèces, c’est le leader qui ira à l’étranger pour récupérer l’argent cash auprès de leurs partenaires. C’est pour cette raison que nous pouvons raisonnablement parler d’organisation criminelle internationale.



Même en cas d’interpellation, l’argent reste difficile à récupérer


Les escrocs aiment à soigner leur paraître, leur image. L’argent escroqué est régulièrement utilisé pour des achats de matériel haut de gamme (TV, téléphone, HIFI, POC, etc….) et pour des achats compulsifs de vêtements de marque. Certains leaders et attaquants n’hésitent même pas à régler leurs achats dans des boutiques de luxe du quartier huppé du centre de Bruxelles avec des cartes bancaires de comptes mules.

Le profit de l’escroquerie est rapidement dilapidé et les services de police se retrouvent à saisir des vêtements, des chaussures et du matériel électronique divers usagés, en guise de récupération de patrimoine criminel.




Pour clôturer cette problématique, le prochain évoquera les méthodes d’investigations policières et les mesures de prévention et de lutte qui sont prises par diverses institutions publiques et privées particulièrement touchées par la fraude post-it.

 


Serge Lecomte

Commissaire de police – Police fédérale belge

 

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