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Fruit d’un long processus organisé et criminel, ce type de trafic demeure l’un des plus rentable et difficile à endiguer au regard de son caractère transnational et des nombreux acteurs – criminels ou non – qui structurent le marché. Qu’en est-il de la demande ? Et où ces marchandises finissent-elles ?

 

Magasins, galeries et salle aux enchères


Les magasins, galeries et les salles aux enchères ayant pignon sur rue ne sont pas très propices au trafic d’art volé, la vente de ces objets se faisant difficilement parmi les réseaux licites.

Toutefois, certains voleurs vendent directement les biens spoliés au consommateur final dans leur propre boutique, mais cette démarche est plutôt rare compte tenu des risques qu’ils encourent, l’un comme l’autre.




Receleurs & les « business buyers »


Le commerce d’œuvres d’art volés fructueux repose bien souvent sur la collaboration commerciale de « business buyers » et de receleurs responsables de la vente des objets en question.


Les receleurs/vendeurs peuvent avoir différentes spécialités parmi lesquelles : les antiquaires spécialisés dans le recel d’antiquités, les généralistes qui commercialisent différents biens spoliés ou ceux qui opèrent pour des salles d’enchères.

Généralement, trois composantes sont caractéristiques des receleurs et de leur commerce : leur business dispose d’une semi-légitimité (il ont une activité commerciale licite), ils sont passés par la case « vol » avant le recel (sans avoir pour autant un casier judiciaire) et ils ont une affinité particulière avec le monde sous-terrain. La carrière d’un receleur est épisodique et repose sur l’opportunisme et la manipulation.



Les business buyers sont tantôt considérés comme grossistes tantôt comme détaillants. Contrairement aux receleurs, ils n’ont aucun contact direct avec le voleur et, généralement, vendent directement l’objet en question au consommateur final (plutôt que de le redistribuer à d’autres vendeurs). 

Ainsi, on peut les considérer comme les deuxièmes vendeurs du bien. Ils sont généralement considérés par leurs pairs comme étant des businessman/woman respectables et respectés de la communauté. 




Les collectionneurs privés 


Il existe également un nombre d’acheteurs d’un genre particulier qui achètent certaines œuvres volées pour ajouter une plus-value à leurs collections personnelles. 

La valeur de cette transaction est difficile à évaluer mais demeure un commerce lucratif. Généralement, les profils concernés sont des personnes « bien placées » dans l’échelle sociale. 




Les acteurs facilitants


D’autres acteurs peuvent intervenir à chaque étape du trafic en ayant un rôle important dans la facilitation du trafic. 

Il n’est pas rare de voir des liens entre des groupes terroristes et des organisations mafieuses pouvant servir aussi d’intermédiaires dans la contrebande et le trafic. Récemment, une enquête a démontré un vaste réseau de contrebande de biens pillés par Daesh transitant depuis la Turquie et le port Gioia Tauro (Calabre) vers le Luxemboug, les Pays-Bas et la Belgique avant d’être acheminés vers la Russie, les Etats-Unis et la Chine chez de gros collectionneurs privés.


Dans certains pays et régions (Italie, Japon, …), les organisations de type « mafieux » (‘Ndrangheta, Camorra, Yakuza,) organisent aussi bien les excavations sur les sites que la contrebande et l’exportation des biens par-delà les frontières. Les objets et antiquités dérobés ou illégalement extraits sont ensuite délocalisés pour être trafiqués.


A cela s’ajoute également les faussaires de documents officiels, les organisations étatiques, curateurs, spécialistes en blanchiment d’argent, experts et bien d’autres qui opèrent pour le compte d’organisations légales (Etat, musées, universités, …), d’organisations criminelles (ou terroristes) ou encore à titre privé.


Ainsi, différents intervenants, légitimes ou non, peuvent prendre part soit directement soit indirectement (et parfois à leur insu) au trafic d’art et d’antiquités.

 


Kim Lallemand
Master en criminologie

 

 

Article précédent: 

Analyse du trafic d’oeuvres d’art & d’antiquités : la pointe de l’iceberg (1)

Trafic d’œuvres d’art et d’antiquités : les acteurs et pays impliqués dans le trafic d’art et d’antiquités (2)
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